Colloque "De la croisade au dialogue Occident Islam"
Samedi 13 octobre 2007 - Commanderie d'Arville
Intervention de Maurice LEROY
Député de Loir-et-Cher
Président du Conseil général
Mesdames, Messieurs,
Je suis très heureux de vous accueillir aujourd'hui, dans cette commanderie templière d'Arville, avec le sénateur Pierre Fauchon, et d'ouvrir ce colloque sur les relations entre l'Islam et l'Occident.
En ce 700e anniversaire de l'arrestation des Templiers, ce thème, qui touche à la fois à l'Histoire et à la plus brûlante des actualités, s'imposait.
Je n'oublie pas que le fondateur de l'ordre des Templiers, le chevalier Hugues de Payens, est un cousin de nos comtes de Blois, également comtes de Champagne, et que dès 1126, le comte Hugues de Blois et de Champagne faisait partie de cet ordre qui ne portait pas encore le nom de Templier.
À la fois militaire et monastique, cet ordre n'avait pas pour but de prier ou de se cloîtrer comme tout bon moine, mais au contraire de se battre pour la gloire de Dieu et la défense de ses fidèles.
Chevaliers de Dieu à perpétuité, ils seront employés constamment, assurant la seule armée permanente des états latins et la seule force disponible face aux musulmans, alors que les croisés, une fois leur voeu rempli, repartaient pour leurs pays.
Cette fondation des Templiers se situe à une époque d'opposition entre le monde occidental, alors représenté par la seule Europe chrétienne, et le monde islamique. Mais l'histoire des relations entre ces deux mondes ne s'est pas toujours résumée à cette seule opposition.
Cette simple introduction ne me permet pas d'aborder les questions de fond posées par ce thème. Mais je souhaiterais participer au débat en soulevant quelques questions ou quelques thèmes, que j'ai été amené à me poser lors de mes missions en Palestine ou dans la péninsule arabe, et auxquels les différents intervenants apporteront sans doute des réponses.
Je commencerai d'ailleurs par l'intitulé même de ce colloque, Islam et Occident. En effet, peut-on parler de deux blocs aussi nets, ou ne faudrait-il pas les mettre au pluriel et parler plutôt d'Islamismes et d'occidents, avec des « s ». En effet, l'Islam a revêtu des formes diverses, tant dans sa dimension géographique que dans sa dimension historique.
D'un pays à l'autre, d'une époque à l'autre, l'Islam a connu des évolutions qui ont pesé sur ses relations avec les peuples occidentaux. De même le terme d'occident, qui se limitait au Moyen-Âge à la chrétienté, recouvre désormais une réalité totalement différente.
L'actualité récente, avec les conflits qui déchirent le Moyen-Orient, nous incite à voir la relation entre les peuples islamiques et les peuples occidentaux sous l'angle du conflit, et particulièrement du conflit armé et de la menace terroriste.
Mais n'est-ce pas une vision réductrice qui nous amènerait à transformer en généralité l'action d'une minorité infime, alors que la très grande majorité de nos peuples aspire à une coexistence et à un dialogue pacifiques ? L'histoire de l'Espagne avant et après la « reconquista » nous montre que cela est possible, et que les deux civilisations peuvent s'enrichir respectivement.
Rappelons-nous aussi les croisades, l'erreur magistrale qu'elles ont représenté, et la leçon qu'elles nous ont donné : vouloir imposer sa foi aux autres par les armes n'apporte rien de bon. Seul le dialogue peut être fructueux. Mais encore faut-il que celui-ci se fasse dans le respect mutuel, et qu'aucun des deux mondes ne traite l'autre avec une morgue ou un sentiment de supériorité qui serait totalement déplacé.
Voilà les questions que je souhaitais poser pour contribuer à vos discussions. Je crois que ce thème est primordial pour comprendre certains des mouvements majeurs qui agitent aujourd'hui notre monde contemporain, et que vos débats feront avancer la réflexion et feront progresser la compréhension de ces deux mondes à la fois si différents et si complémentaires.
Je vous remercie.
