Cérémonie de remise des insignes d'Officier dans l'Ordre national du mérite à Jeanine Hamdi
Samedi 19 novembre 2011
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
Chère Jeannine,
C’est avec un immense plaisir et un grand honneur que je suis là, en cet après-midi, avec toi, entourée de ton époux, Mohamed, de tes trois enfants, Djamel, Fatima, Myriam et de tes amis, pour te remettre la Croix d’Officier dans l’Ordre National du Mérite.
Je sais, ma Chère Jeannine, que la modestie qui te caractérise n’appréciera guère cet exercice, mais la richesse de ton parcours ne pouvait pas ne pas être évoquée aujourd’hui.
Et quel parcours ma Chère Jeannine !
Une véritable page de notre histoire nationale et locale va, grâce à toi, être retracée en ce jour exceptionnel.
C’est à Romorantin-Lanthenay que tu vois le jour, dans une famille solognote de souche.
Ton père est ouvrier spécialisé dans le textile et ta mère mécanicienne en confection.
Autant dire que vous êtes dans le tissu local !
Très tôt, tu décides de t’engager pour les autres.
L’humaniste que tu es va te conduire naturellement vers la profession médicale.
Ta détermination est grande !
C’est décidé, tu seras infirmière au service des plus nécessiteux d’entre nous.
Servir ! C’est pour toi une vocation.
Diplômée en 1953, tu débutes à la clinique chirurgicale du Docteur Bellay à Romorantin-Lanthenay.
Pendant tes années de formation à l’école d’infirmière de Tours, tu fais la connaissance d’un jeune étudiant en médecine qui a choisi de délaisser la douceur méditerranéenne pour la fraîcheur de notre belle Sologne.
Ce choix fût judicieux car il n’aurait pu faire ta connaissance et quel regret pour lui car, ma Chère Jeannine, ne pas te connaître c’est passer à côté de quelque chose.
Tu le suivras à Bordeaux où il termine son cursus universitaire pendant que toi tu es affectée au bloc opératoire de Langon.
Les origines algériennes de ton compagnon vont te conduire à rejoindre en 1956 la terre natale de celui qui allait partager ta vie jusqu’à aujourd’hui.
En effet, cette même année 1956, tu t’engages auprès de lui et scelle ton union au petit village de Telag dans la province de l’Oranais.
Nous sommes au commencement des évènements en Algérie et de ce que l’on allait qualifier plus tard de guerre.
Les débuts sont difficiles.
Vous vous installez à Sidi Bel Abès où tu assistes ton mari dans son cabinet médical.
A la rentrée 1964, tu es nommée professeur au collège technique de cette même ville.
Ton dévouement et ton professionnalisme sont rapidement reconnus par ta hiérarchie et tu obtiens l’accord de la direction de l’établissement pour créer un service de consultation exclusivement dédié aux nourrissons.
Cette structure aura un rôle fondamental.
Grâce à ton initiative, les jeunes mères auront la possibilité de consulter gratuitement en matière d’hygiène post-natale.
Dans cette Algérie française encore archaïque, tout reste à apprendre et notamment dans le domaine de la prévention des risques de la mortalité infantile.
Et toi, ma Chère Jeannine, tu l’as bien compris.
C’est dans cet esprit que tu continues aux côtés de ton époux, ton combat sanitaire et que tu œuvres bénévolement au sein de l’organisation humanitaire du Croissant Rouge et de l’Association catholique Caritas aux campagnes de vaccinations antivarioliques que tu mènes dans les villages et les douars de l’arrondissement de Sidi Bel Abès.
Tu symbolises alors, ma Chère Jeannine, le trait d’union entre l’Orient et l’Occident, cette complémentarité indispensable qui facilite les rapports humains.
De ton expérience en Algérie, tu gardes cette volonté qui t’anime depuis ton enfance, celle de servir les causes justes.
Grâce à ta détermination, tu as permis de sauver la vie de nombreux enfants et d’engager l’Algérie sur la voie de la modernité médicale.
Tu es un peu, ma Chère Jeannine, la « Mama Doctary », de Sidi Bel Abès.
En 1969, la famille HAMDI revient en France.
Et nous pouvons parler de famille car depuis ton arrivée en 1956, la cellule s’est agrandie avec la naissance de ton fils et de tes deux filles.
Permets-moi, à cette occasion, de les saluer chaleureusement.
Tu reviens donc aux sources en réintégrant le Loir-et-Cher et la ville de Romorantin-Lanthenay.
Tu poursuis ta carrière et en septembre 1979, tu deviens directrice de la clinique du Docteur Bellay et en 1983, de la polyclinique de Sologne et ce, jusqu’à ta retraite.
Parallèlement à ton activité médicale, tu es contaminée par le virus de la politique.
Et là, la professionnelle de santé que tu es n’a pas trouvé le remède !
Et heureusement, car ton implication dans la vie politique locale sera déterminante.
Militante gaulliste de la première heure, tu entames ta carrière politique au milieu des années 1970. Proche de Jacques CHIRAC, tu es à ses côtés et partages même des moments privilégiés à bord de la fameuse Citroën DS.
Mais je te rassure, ces indiscrétions s’arrêteront ici.
Tu mettras à profit cette expérience et tu seras élue pour la première fois à Romorantin-Lanthenay aux municipales de 1977.
Successivement maire-adjointe, puis première adjointe en charge des affaires sociales et conseillère municipale jusqu’en 1989, ta loyauté politique et ta fidélité aux valeurs de droiture d’esprit et de devoir envers tes électeurs t’ont permis de te maintenir au sein du Conseil municipal et ce, malgré les changements de gouvernance.
Tu as su garder la confiance que les romorantinais ont placée en toi.
Durant ces années, tu fais preuve d’un attachement à ta ville et d’un dévouement exemplaire à l’égard des plus déshérités.
Tu supervises la création du foyer Robert Serrault.
Inauguré en 1981, cet espace de vie permet aux personnes âgées de se retrouver pour participer à des activités et rompre l’isolement qui est souvent le drame du grand âge.
Précurseur dans l’âme, avant-gardiste dans les réformes, tu es toujours soucieuse de protéger les personnes et de veiller à leur bien-être.
En effet, ma Chère Jeannine, tu participes également à la création, en partenariat avec la jeune chambre économique de Romorantin-Lanthenay, de l’association des gardes-malades à domicile.
Ton objectif est de valoriser l’emploi des femmes dans la région et de professionnaliser la fonction d’assistante de vie.
Ici encore, tu es à la pointe de la réforme médicale.
Présidente de la Délégation locale de la Croix Rouge de Romorantin-Lanthenay jusqu’en 2009, tu œuvres à la mise en place d’une permanence sociale favorisant l’insertion des demandeurs d’emploi et la distribution de colis alimentaires aux personnes en grande détresse.
Malgré ta retraite, ta forte personnalité ne t’a pas fait baisser les bras face au combat pour lequel tu as consacré toute ta vie, celui de lutter contre la misère et l’exclusion.
Aujourd’hui encore, ton engagement se poursuit au sein de l’Union départementale des affaires familiales et du Conseil de surveillance de l’hôpital de Romorantin-Lanthenay.
Ma Chère Jeannine, tu es INFATIGABLE !
Face à ce parcours singulier, tu as toujours su apporter un soin particulier à la prise en compte des blessés de la vie, de ceux dont la déshérence sociale menace l’existence.
Ton dynamisme, ta rigueur et ta grande disponibilité témoignent de ton attachement aux autres et de ta volonté d’œuvrer au cœur de la vie communale pour l’intérêt collectif.
Tu fais partie de ces personnes rares qui redonnent espoir et qui savent apprécier les valeurs de chacun.
C’est pourquoi, je suis aujourd’hui très fier de rendre hommage à une femme d’exception et d’excellence et de te remettre, ma Chère Jeannine, les insignes d’Officier dans l’Ordre National du Mérite.
Jeannine HAMDI, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, nous vous faisons Officier dans l’Ordre National du Mérite.

